#MTBT : Wayne Rooney, légende vacillante

2004, dans les derniers jours d’un mercato d’été qui ne connaissait pourtant pas encore la folie récurrente des transferts astronomiques. Wayne Rooney, son physique abrupt, ses oreilles décollées, ses cheveux encore intacts et ses tâches de rousseur, avait enfilé son plus beau costard pour célébrer un grand jour dans sa vie : à 18 piges tout mouillés il venait de signer à Manchester United pour plus de 30 millions d’euros. Treize piges plus tard, la trentaine bien tassée, il s’apprête à les quitter après en avoir marqué l’histoire. Retour sur une histoire d’amour tout en paradoxes. 

51252178« Les chiffres ne mentent pas, mais les menteurs adorent les chiffres » philosophait l’écrivain américain Mark Twain. Et pour narrer l’histoire de Wayne Rooney à Manchester United, débarqué chez les Red Devils le 31 août 2004, les chiffres sont on ne peut plus éloquents : 13 saisons, 550 matchs, 250  buts, 145 passes décisives, cinq titres de champion d’Angleterre, une Ligue des Champions, mais aussi 118 sélections et 53 buts avec les Three Lions. Sous son physique de déménageur court sur pattes, Rooney est balèze, balèze et balèze. Si on ne s’en tenait qu’aux chiffres, il serait sans conteste considéré comme l’une des plus grandes légendes de l’histoire du football anglais. Mais le football n’est pas qu’une histoire de chiffres. Et à regarder en arrière, à contempler l’immense carrière de Wayne Rooney, on se trouve face à un immense paradoxe.

Précoce

Flashback. 19 octobre 2002, Liverpool. Un après-midi ensoleillé, l’idéal pour un bon match au sommet en Premier League. Encore mené par la clique des Invincibles, c’est un Arsenal leader et invaincu depuis 30 matchs qui se présente sur la pelouse de Goodison Park. La fin du match approche, et les deux équipes se neutralisent toujours quand David Moyes, tout juste nommé pour succéder à Walter Smith, décide de lancer le jeune Wayne Rooney, moins de dix matchs en pro dans les pattes. 90e minute, Rooney, numéro 18 frappé dans le dos, récupère un long ballon catapulté devant, danse avec la balle et déclenche. Transversale, but, explosion de joie : à cinq jours de son dix-septième anniversaire, Wayne Rooney devient le plus jeune buteur de l’histoire de la Premier League et apprend au monde comment épeler son nom.

Enfant de Liverpool, Wayne Rooney ne restera que deux saisons à Everton. Trop bon, trop vite, il attire rapidement les convoitises du gratin du foot anglais. Deux mois à peine après ce premier but en pro et avec seulement six mois de football professionnel dans les jambes, la critique l’acclame déjà, lui attribuant l’honorifique mais convoité le prix de la BBC Young Sports Personality of the Year, qui récompense le sportif de moins de 17 ans le plus performant de l’année. Sa côte monte, et au terme d’une deuxième saison à neuf buts en Premier League, il refuse une prolongation juteuse à Everton. Sur le cadavre encore fumant des espoirs des Toffees, deux clubs se précipitent pour arracher la signature du jeune prodige : Manchester United et Newcastle. Les Magpies tiennent longtemps la corde, proposant jusqu’à 20 millions de pounds pour le joueur, mais se feront doubler au dernier moment. Le 31 août 2004, Wayne Rooney signe à Manchester pour six ans et £26.5m, soit une trentaine de millions d’euros.

Shrek le sidekick

Du haut  de ses 18 piges, Rooney arrive dans un effectif plein à craquer de stars. Cristiano Ronaldo Ryan Giggs et Ruud van Nistelrooy lui font une place dans le 4-4-2 de Sir Alex Ferguson. Et c’est là que ce situe le principal paradoxe autour de Wayne Rooney : il n’a beau jamais avoir été discuté, il n’en a pour autant jamais été considéré comme un indiscutable. À Manchester, il y a souvent eu plus haut, plus fort que lui. Il a longtemps été le Robin d’un Batman : Ronaldo et Rooney, Van Nistelrooy et Rooney, Tévez et Rooney. Avant d’endosser ce rôle de joueur majeur de l’équipe au départ de Ronaldo en 2009, et même d’en devenir le capitaine en 2013, Rooney était un couteau suisse, jouant les rôles qui n’étaient pas remplis par les superstars. Buteur, second attaquant, meneur de jeu, ailier, même milieu relayeur : en treize ans, on n’a jamais vraiment su où foutre Wayne Rooney. On savait juste qu’on devait le mettre sur le terrain.

Et s’il a réussi l’accomplissement d’une carrière en gravant son nom dans l’histoire de United, en devenant cette saison le meilleur buteur avec 250 banderilles, c’est par petits pas que Wayne Rooney est entré dans l’histoire. Sur treize saisons, seulement quatre dépassent les vingt buts inscrits, seulement deux en Premier League. Il n’a pas trusté pendant quatre ou cinq saisons d’affilée la tête du classement des buteurs de son championnat comme d’autres. Non, Rooney est un buteur timide, qui aime prendre son temps, qui a frappé à 12 reprises ou moins en Premier League sur huit de ses treize saisons mais qui préfère enchaîner onze saisons à plus de dix buts en championnat que n’en faire une ou deux à plus de trente pions. Pourtant il est là, tout en haut de l’histoire de United, lui le meilleur buteur de l’histoire du club, lui que beaucoup de supporters mancuniens seront soulagés de voir partir en Chine l’été prochain.

Rooney, symbole du football qui meurt un jour

Wayne Rooney est le symbole du football qui s’essouffle. Il est l’incarnation d’un football dont les jambes s’alourdissent avec l’âge, dont les années laissent derrière elles agilité, vitesse et efficacité devant le but. Gerrard et Lampard partis, il est l’un des derniers survivants de l’une des plus grandes générations du football anglais, celle des plus grands génies et paradoxalement des plus grands frustrés. Il est l’incarnation d’une époque dans son dernier souffle, celle du Manchester des grandes années, celle de Sir Alex Ferguson et de la gloire dans le théâtre des rêves. Il est aussi le symbole d’un football qui sait aimer, qui sait honorer un maillot. Et s’il ne figurerait pas, pour beaucoup, à la pointe d’un onze des légendes d’un club qui en a vu passer pas mal, rien ne pourra effacer l’histoire qu’il a écrite et dont certaines pages confèrent aux plus grands, d’un triplé contre Fenerbahçe en Champions League pour sa toute première titularisation avec le Red Devils aux grandioses Derby of England contre Liverpool, en passant par un envol presque divin dans le ciel d’Old Trafford, le 12 février 2011, pour catapulter un centre de Nani en lucarne. Une histoire qui a débuté il y a douze ans et six mois, le 31 août 2004, avec un jeune rouquin dans son plus beau costard.

Tags:, , , , , , , ,

Catégories : #MTBT, Manchester United

Auteur :Alexandre Aflalo

Papa du petit Misteur Mercato. Saltimbanque semi-pro à Sciences Po Lille, je vis de Papus Camara et d'eau fraîche. Amoureux de Lucas parce qu'en verlan son nom ça fait "Amour"

Newsletter

Cliquez sur l'un des logos ci-dessous pour être tenu au courant des dernières actualités du site

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :