Argentine : l’arbre qui cache la forêt

Décalée d’une semaine pour cause de grève des joueurs, la reprise du championnat argentin a finalement eu lieu ce week-end (10-13 mars). Si la question des salaires impayés semble en voie d’être réglée, les chamailleries internes pour l’élection du prochain président de la Fédération Argentine de Football (AFA) perdurent alors que le vote, repoussé à plusieurs reprises, doit avoir lieu le 29 mars prochain. En attendant, la Fédé est toujours sous la tutelle de la FIFA. Un comble pour un pays où le football est une religion et qui occupe par ailleurs la tête du ranking FIFA.

Grondona

Après quasiment trois mois de trêve estivale et une semaine de grève, le foot argentin a donc bien repris, le programme et l’attente de cette reprise ne la rendant que plus alléchante. En tête du championnat, Boca Juniors est reparti sur les mêmes bases en gagnant 2-0 à Banfield (5ème). San Lorenzo l’a emporté 2-1 et s’accroche à trois points du leader Xeneizes (le petit nom de Boca). Champion en titre, Lanús s’est incliné lourdement 3-0 sur le terrain du Racing et pour les Granate, désormais 6ème à huit longueurs de Boca, ça sent le dernier joker grillé. De son côté, River Plate piétine à la huitième place, avec le seul 0-0 de la journée concédé à domicile face à Unión de Santa Fe. Ce match assez fermé risque de relancer le débat sur la Goal-line Technology, qui n’est pas utilisée en Argentine. En fin de match, Nacho Fernández a bien cru débloquer la situation pour River. Mais sa frappe sèche a heurté la barre avant de rebondir dans le but et de ressortir. Et impossible sur les images de savoir si la balle a entièrement franchi la ligne.

Alors voilà, on aurait pu en rester là, à parler football et rien que de football. Mais cette journée, pour l’instant assez prolifique en buts (32 en 12 matchs, il en reste 2 à jouer ce lundi soir + 1 report), ne parvient pas à faire oublier le bordel sans nom qui règne dans le championnat argentin. Cette journée a bien failli être reportée au dernier moment, une nouvelle fois, une grève des joueurs menaçant toujours. Car en dehors des terrains, et ça devient une fâcheuse habitude, le football argentin nous offre un spectacle assez rocambolesque, digne d’une Telenovela de bas étage. Ou plutôt devrions-nous dire la Fédération Argentine. Ne mettons pas tout au feu : le football amateur, les supporters, les joueurs et même les coaches n’ont pas demandé à en arriver là. Magnéto.

La crise sans fin

Fin juillet 2014, le président controversé de l’AFA, Julio Grondona, décède. Après 35 ans de présidence, le public découvre une Fédération corrompue et s’ouvre une grande crise financière mais aussi institutionnelle, avec notamment une remise en question du format du championnat. L’élection du successeur de Grondona est sans cesse repoussée. Les présidents de clubs se tirent la bourre et les trafics d’influence vont bon train. Aujourd’hui, beaucoup de clubs sont ruinés au point que certains joueurs n’ont pas reçu leur paye pendant 3-4 mois, ces retards de salaires étant à l’origine de la grève de la semaine dernière. Finalement, le gouvernement argentin se l’est jouée Canadair en injectant 22 millions d’euros dans la Fédération, somme qu’elle doit désormais répartir entre les clubs.

Pourquoi une telle somme ? Elle correspond tout simplement à une dette de l’État envers l’AFA pour le compte des droits télé. En 2009, la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner décide de créer le programme Fútbol para Todos (le Football pour tous), comprenez : l’accès gratuit et en intégralité à tous les matchs de championnat pour les argentins. L’État acquiert donc les droits télé mais les clubs sont perdants financièrement, la concurrence entre diffuseurs privés leur permettant de vendre les droits TV plus cher. Cet accord (autour duquel règne de forts soupçons de pots de vin) a été dénoncé par le nouveau président argentin, Mauricio Macri, ancien président de Boca Juniors, qui a critiqué l’AFA, un « système obscur, plein de corruption et dominé par des personne qui n’ont rien à y faire » selon ses mots.

La FIFA s’en mêle

Ces salaires en retard ne sont qu’une toute petite partie visible, regrettable certes, mais au final presque marginale de l’iceberg des problèmes de l’AFA. En 2016, la rumeur circule que l’État pourrait prendre le contrôle de l’AFA. Or la FIFA interdit une telle ingérence d’un État dans une Fédération nationale. Résultat : on parle d’une possible suspension de l’Argentine de toutes les compétitions organisées par la FIFA. Gianni Infantino, le président de la FIFA, perd patience et nomme un « comité de normalisation » (CN), parachuté depuis Zurich et chargé d’organiser au plus vite des élections à la tête de la fédération argentine.

Le comité est présidé par Armando Perez. Après avoir négocié avec les représentants de joueurs, il est parvenu à mettre fin à la grève. Désormais, c’est Chiqui Tapia, ancien vice-président de l’AFA, qui est pressenti pour être élu le 29 mars prochain. Mais rien n’est assuré tant la guerre entre présidents ne faiblit pas. Ceux de River Plate et de San Lorenzo tentent de gagner du temps afin de proposer une autre candidature… Le quotidien Olé écrivait récemment : « les dirigeants de club, le Comité de Normalisation, la politique nationale, les syndicats, les intérêts financiers : tout est mêlé, et au milieu, le football argentin se retrouve avec une image encore plus sale que celle de Trump auprès des Mexicains. » Ambiance.

Et le football dans tout ça ?

Il en pâtit. Si au niveau national, toutes les équipes se retrouvent sur un pied d’égalité, le problème risque de se faire sentir lors des matchs internationaux… à commencer par la Copa Libertadores, qui commence ce mercredi. L’entraîneur de River Plate Marcelo Gallardo expliquait à  ce sujet la semaine dernière que « le manque de compétition peut être un avantage [en termes d’absence de fatigue]. On va être dans les mêmes conditions que toutes les équipes du championnat argentin. Mais certains championnats ont commencé depuis 6, 7 voire 8 matchs. Leur dynamique est totalement différente. C’est une réalité, pas une excuse, on doit s’y adapter. Nous l’avons anticipé, mais ce n’est pas normal de commencer une compétition internationale avec un championnat qui n’a pas recommencé, ou même que d’un seul match ».

Outre River Plate, San Lorenzo, l’Atletico Tucuman, Estudiantes La Plata et Lanús joueront également mercredi en Copa Libertadores. Au niveau international, l’Argentine reste sur une défaite en finale de la Copa América, des Jeux Olympiques totalement ratés, et l’Albiceleste pointe actuellement à une dangereuse 5ème place de son groupe de qualification pour le mondial russe 2018. A ses difficultés sportives, le football argentin n’avait pas besoin d’y ajouter une crise financière et institutionnelle de telle ampleur.

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Catégories : Argentine

Auteur :Maxime Lictevout

Étudiant en journalisme à l'ESJ Lille après quatres années passées à Sciences Po Lille. J'ai ouvert ce blog lors mon année de mobilité internationale à Buenos Aires en Argentine. J'ai 21 ans, toutes mes dents et plus que jamais une envie furieuse de devenir journaliste. J’écris ici: - https://maximelictevout.wordpress.com/ - https://blacksamerica.wordpress.com/ - http://www.misteur-mercato.fr/

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