La destinée des faibles

Beaucoup s’imaginaient Paris perdre, peu auraient pensé que la chute soit aussi violente. Au terme d’un non match absolu, le PSG, qui a vainement tenté de vivoter guiboles claquantes face à un Barça même pas dans son habit des grands soir, est piteusement éliminé de la Ligue des Champions. Paris avait pourtant abattu ce même Barcelone, trois semaines plutôt, donnant à « la meilleure équipe du monde », une leçon de football, d’engagement et de réalisme. Il l’a vu renaître de ses cendres avec une violence inouïe. Comment, en l’espace de trois semaines, le PSG a-t-il pu basculer à ce point, et réaliser ce qui restera comme l’une des meilleure et la pire performance européennes de son histoire ? À défaut de chercher des excuses aux inexcusables, on essaye de comprendre. 

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Camp Nou, 2 avril 2013. Après un nul inespéré au Parc (2-2), Paris craque à la 71e et laisse filer sa qualification en demi-finales de la Champions League après avoir mené au score pendant 20 minutes. Stamford Bridge, 8 avril 2014. Triomphant à l’aller face à Chelsea (3-1), Paris se présente à Londres avec de vifs espoirs de qualifications, espoirs qui seront réduits à néant par la performance abyssale du PSG et par le bout du pied de Demba Ba, à la 87e minute. Etihad Stadium, 12 avril 2016. Face à un adversaire pourtant largement à sa portée, et dans un 3-5-2 resté légendaire, Paris passe complètement à côté de son match et laisse Manchester City filer en demies.

Camp Nou, 8 mars 2017. Fort d’une victoire 4-0 à l’aller au Parc face au FC Barcelone, le PSG croit enfin tenir sa performance référence en Ligue des Champions et pense se faire le bourreau de la meilleure équipe du monde. Une performance après laquelle Paris court à s’époumoner depuis son rachat par les investisseurs qataris. À raison, le PSG se voyait déjà qualifié, débarrassé de son chat noir et lancé à grands coups de remakes du 14 février sur la route du graal. Mais Paris s’est vu trop beau, et a oublié que, dans son ADN, il y a ce gêne impossible à déjouer. Ce gêne qui fait que, quelque soit le score, quelque soit le contexte, quelque soit l’adversaire, Paris se débrouille toujours pour complètement merder dans les grandes largeurs au moment critique et se faire sortir sous les sifflets.

Barcelone n’a même pas eu besoin de jouer

« Ce PSG là n’avait pas les couilles », titrait-on il y a presque un an après la déroute de City. Et, aussi triste que cela puisse paraître, on dirait bien qu’il ne lui en est pas magiquement poussé une paire depuis. Flottant dans son avance de quatre buts, Paris a abordé le match dans la position qui lui sied le moins face aux grosses équipes : en favori. Car si beaucoup les voyaient perdre, peu les imaginaient ne pas être qualifiés au coup de sifflet final. Conséquence malheureuse : Paris a, royalement, prodigieusement foiré son match. Était-ce le pire match de l’histoire du PSG ? Sûrement. Seuls coupables, les joueurs se sont rendus coupables ni plus ni moins que d’une faute professionnelle. Paris a avancé avec une inexplicable peur au ventre, alors qu’il ne suffisait que d’un peu d’envie pour exploiter les failles du 3-4-3 Barcelonais. En face, Barcelone n’a même pas eu besoin de jouer, et, au delà de l’exploit, est d’ailleurs loin d’avoir rendu une copie exceptionnelle : dans un match où il n’avait besoin que du ballon, le Barça a tenu la balle et fait face à un PSG en PLS qui lui a offert l’histoire sur un plateau d’argent, s’en remettant à un Neymar de gala pour les coups de génie.

238 passes, dont seulement 64,6% de passes réussies, 25 fautes, 8 tirs tentés dont seulement 3 cadrés, 29% de possession. Le naufrage parisien s’est autant vu sur le terrain qu’il peut s’exprimer en stats. Incapables de réussir une passe, incapables de tenir le ballon sur la durée, incapables surtout de porter l’estocade par deux fois lorsque le score était encore de 3-1, Paris a laissé le Barça jouer, adoptant exactement la même stratégie que ces insupportables équipes qui viennent jouer le 0-0 contre eux en Ligue 1 : tous derrière, et on attend que ça passe. Pourtant le onze aligné, le même qu’à l’aller, était bâti pour rééditer l’exploit du Parc, pas pensé pour défendre à dix pendant 90 minutes. Cavani a passé la plupart de son match autour du rond central, volontaire mais impuissant face aux errances techniques de ses camarades. Au banc des accusés, les performances Kurzawa, Thiago Silva, Marquinhos, Rabiot et Lucas ont été particulièrement douloureuses à voir. L’entrée de Di Maria aura transfiguré l’équipe pendant dix minutes à tout casser, le temps d’un but.

Fragiles

Ce n’est pourtant ni le football, ni l’expérience qui manquaient côté parisien ce soir. Sur le terrain hier côté PSG, beaucoup de joueurs étaient rompus aux grands soirs de football. Cinq avaient débuté à City l’an dernier, trois étaient déjà là au Camp Nou en 2013. Il y avait un champion du monde et un ancien vainqueur de la Ligue des Champions. Au moins six sont des internationaux confirmés. Sur le plan individuel comme collectif, Paris devrait être bétonné mentalement pour ce genre de rencontres. Alors comment expliquer ce craquage complet ? Comment justifier que ces joueurs, supposés être des champions, aient succombé à une pression telle qu’ils en ont perdu leur football laissé filer un avantage de 4-0 ?

Sans chercher des coupables là où ils ne sont pas (coucou monsieur l’arbitre), il va falloir se poser de sérieuses questions sur la gestion psychologique de ce match. Car ce n’est certainement pas le talent qui manquait. Seulement, il a été complètement annihilé, et le PSG tétanisé, comme souvent au moment de matchs décisifs. Par l’enjeu ? Par l’adversaire ? Par le stade ? Un peu des trois. Surtout, il y a peut-être un facteur à chercher du côté de l’environnement délétère autour du match créé par la fascination médiatique pour la remontada. Chaque jour, sans relâche, pendant trois semaines, et encore plus ces derniers jours, on a rabaché au PSG qu’il se dirigeait vers le Camp Nou comme dans la gueule du loup. Que Barcelone était trop grand pour eux. Que si une équipe pouvait remonter quatre buts, c’était eux. Résultat, Paris joué tout le match la peur au ventre, attendant que Barcelone renverse le score comme si ça leur était du. Paris a rencontré son destin, hier soir, et ce destin n’était pas de se qualifier, il était de perdre. Et, dans ce sens, Paris a répondu présent à son rendez-vous avec l’histoire. À jamais les premiers de la loose, le Paris Saint-Germain vous salue et vous donne rendez-vous, même heure même endroit l’année prochaine, pour une nouvelle désillusion européenne. En attendant que ça passe.

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Catégories : FC Barcelone, Ligue des Champions, Paris Saint-Germain

Auteur :Alexandre Aflalo

Papa du petit Misteur Mercato. Saltimbanque semi-pro à Sciences Po Lille, je vis de Papus Camara et d'eau fraîche. Amoureux de Lucas parce qu'en verlan son nom ça fait "Amour"

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