La Primera se porte bien, merci pour elle.

La première division argentine, globalement, tout le monde s’en fout. Tout le monde sauf quelques-uns : les fous de foot, les scouts des clubs majeurs européens, BeIN Sport le temps des superclasicos River-Boca, et les mecs de retour d’Argentine un peu couillons qui arrivent pas à décrocher. Je me situe plutôt dans cette dernière catégorie. Au grand dam de mes amours de colocataires, qui subissent régulièrement mes cris quand River plante un but à la dernière minute un dimanche soir vers 2h30 du matin (du coup le lundi quoi), décalage horaire oblige.

Ces six derniers mois, pas facile de retrouver la foi d’écrire sur le football argentin, n’étant plus immergé dans l’ambiance des débats de foot 24h/24 sur ESPN, Fox Sport ou Olé, et sans possibilité d’aller au stade. Écrire de temps en temps n’aurait pas servi à grand-chose si ce n’est que de donner une lecture trop irrégulière et River-centrée du foot argentin. Les vacances aidant et avec un recul, toujours insuffisant certes, on essaie de dresser un premier bilan à mi saison du championnat argentin version 2016-2017.

Il convient d’ajouter « nouvelle » version. Une énième. Au premier semestre 2016, l’AFA (la fédé argentine) nous avait concocté un vieux championnat tout foireux. Le système : un championnat sur 4 mois, avec deux poules de 15 équipes et une « finale » de championnat entre chaque leader de poule. Après des tractations tendues en mai-juin dernier, un « super-championnat » au calendrier calqué sur ceux des championnats européens a été adopté. Retour à du (un peu) plus classique : championnat à 30 équipes, pas de phase retour, seulement un match aller-retour pour les derbies du type River-Boca, Independiente-Racing ou encore Rosario Central-Newell’s. Le tout pour un championnat à 30 journées, donc. Après 14 journées de championnat, petite séance de rattrapages express.

L’entraîneur de la première moitié de saison : Marcelo Gallardo (River Plate)

N’y voyez pas de chauvinisme pro-River, en tout cas pas ici. Si Gallardo est pour moi le meilleur entraîneur de cette première moitié de saison, c’est avant tout pour récompenser une identité de jeu… et des résultats.

Après deux ans à la tête des Millonarios, El Muñeco touche au but avec un vrai fond de jeu et des choix forts. Premièrement, il a maintenu sa confiance au Pity Martinez qui la lui rend enfin en s’éclatant sur son aile gauche. Ensuite il a su tirer le meilleur du revenant d’Alessandro, positionné côté droit malgré des instincts de meneur de jeu quand dans le même temps, il ne s’est pas entêté à garder Lucho Gonzalez. Devant, il a imposé la pépite Sebastian Driussi pour épauler Lucas Alario, plutôt que de jouer la sécurité avec un vieux briscard type Ivan Alonso ou Rodrigo Mora, toujours utiles comme doublures.

Malgré une septième place moyenne à la mi-saison, River Plate n’est pas encore dans les choux pour le championnat. Le mercato est calme et tous les joueurs vont pouvoir se concentrer pour une seconde partie de saison qui s’annonce éprouvante. Et pour cause, River Plate jouera la Copa Libertadores 2017 ! Vainqueur de l’édition 2015, les Millonarios ont remporté la Copa Argentina mi-décembre, décrochant ainsi l’ultime ticket pour la plus grande coupe du continent sud-américain. Ajoutée à la Recopa Sudamericana fin août, cela fait 2 titres en 4 mois pour River. Qui fait mieux ? Personne.

Guillermo Barros Schelotto (entraîneur de Boca Juniors) disait très justement dans SoFoot récemment que « le football argentin [manquait] d’idées ». Récompenser Gallardo, c’est justement récompenser celui qui depuis deux ans s’efforce de construire un projet, malgré le pillage récurrent de ses meilleurs joueurs (comme le subit le foot argentin en général), malgré des calendriers intenables et la pression des résultats. Arrivé en cours de « saison » dernière, Schelotto aussi est en train d’imposer sa patte sur le jeu de Boca, il faut le reconnaître. Les Xeneizes n’ont pas volé leur première place après 14 journées. Le défi de Schelotto sera de la conserver sans Carlitos Tévez… Dont on reparlera plus bas.

Les équipes qui mériteraient plus d’attention sur la seconde partie de saison : Banfield, Newell’s, San Lorenzo

Peu de choses à dire sur ces clubs, je le concède, alors qu’ils le mériteraient au vu de leur classement. Vice-champion la saison passée et après un début de saison en mode diesel, San Lorenzo a, sans faire de bruit, retrouvé son rang. A domicile et en serrant les fesses pendant les 45 premières minutes, Newell’s a fini par taper River Plate pour le compte de la dixième journée avant de remporter leur derby à l’extérieur sur le terrain de Rosario Central. Enfin, Banfield est sur la meilleure série en cours du championnat avec 5 victoires de rang. On ne peut qu’attendre avec impatience ce que ces équipes nous réservent pour 2017.

La valeur sure qui fait toujours plaisir : Lisandro ‘Licha’ López

J’aurais pu mettre Carlos Tévez mais pour être une valeur sûre, encore eût-il fallu qu’il reste… Dans un championnat régulièrement vidé de ses meilleurs éléments et où les vieux briscards revenant à leurs premières amours n’apportent souvent pas grand-chose, Licha López fait figure d’exception.

Avec 6 buts pour 2 passes décisives en 12 matchs, il est désormais le leader et capitaine exemplaire du Racing Club depuis le départ à la retraite en mai dernier de l’immense Diego Milito. Moins en vue ces derniers temps et moins en réussite tout comme son club, Lisandro López pourrait repartir sur une meilleure dynamique avec le retour de Diego Cocca sur le banc, déjà coach de 2014 à 2016.

La révélation : Walter Bou (Boca Juniors)

On aurait aussi pu parler de Driussi, mais il faut être objectif et ne pas mettre du River Plate partout. A 23 ans, le petit frère de Gustavo (Racing Club) est en train de se révéler à l’Argentine toute entière. Après 7 buts en 15 matchs lors de cette parodie de championnat début 2016 avec le Gimnasia la Plata, Walter Bou (qu’on surnomme la Panthère, allez savoir pourquoi…) a franchi un cap en allant jouer à Boca. Grand bien lui en a pris puisque malgré la concurrence il a planté 6 buts en 10 matchs. On a vu des mayonnaises prendre moins vite. Fin et rapide, technique et bon finisseur, on espère que le départ de Tévez ne lui sera pas préjudiciable tant ce dernier le fournissait en caviars. 

Le come-back que personne n’avait vu venir : Juan Sebastián Verón (Estudiantes de La Plata)

IL EST DE RETOUR ! Oui oui, le seul, l’unique : Juan Sebastián Verón, le chauve à la barbichette qui jouait à Manchester United alors que tu commençais à t’intéresser au foot. Il reprend du service à 41 ans passés dans son club de l’Estudiantes de La Plata, bien classé et qui jouera même la Libertadores. Après tout, pourquoi pas hein…

La fin de carrière qui rend nostalgique : Fernando ‘Cavegol’ Cavenaghi (ex-River Plate)

En parlant avec des amis supporters des Girondins de Bordeaux, j’ai compris seulement tout récemment que ce grand joueur devait en fait être aussi un grand Monsieur. Mais le genou, à cet âge, ça ne pardonne pas souvent. Et le pire c’est qu’à Nicosie, il plantait encore tous les week-ends. Rien que pour être revenu à River les sortir de la seconde division en 2012, il était un héros. En leur faisant remporter la Libertadores deux ans après, il devenait une légende. Chapeau l’artiste.

L’info insolite : L’entraîneur d’Independiente vient… du hockey sur gazon

En Argentine aussi, les entraîneurs ont une certaine tendance à valser rapido quand les résultats ne suivent pas. Gabriel Milito entraînait depuis peu Independiente avant de lâcher l’affaire. Pour le remplacer, les dirigeants du club ont fait appel à Ariel Holan, ex-entraîneur de la sélection uruguayenne… d’hockey sur gazon, l’autre sport national après le foot. Bon entre temps il avait été adjoint à River et Banfield puis entraîneur principal de Defensa y Justicia quand même. Ça donnera peut-être quelques idées aux présidents de Ligue 1 au lieu de nous resservir du Courbis, Girard et tutti cuenti.

Le départ avec le sourire : Andrés D’Alessandro (River Plate)

Lui aussi avait fait le pari du come-back à River Plate, pour un prêt d’un an sur toute l’année civile 2016. Pari gagné contrairement à ses compères Lucho Gonzalez et Javier Saviola. Andrés D’Alessandro, dit « El Cabezón » s’est rapidement imposé comme une évidence dans l’animation offensive des Millonarios. Vision du jeu, pied gauche fort sympathique et doté d’une vraie âme de leader ont régalé le Monumental pendant un an malgré des absences à répétition pour cause de lésions musculaires. Dommage. Il quitte River avec le sentiment du devoir accompli avec deux titres et en les aidant à se qualifier pour la Libertadores. Un nouveau défi s’offre à lui puisqu’il retourne à l’Internacional Porto Alegre, tout juste descendu en deuxième division brésilienne. Respect.

Le départ qui fait pas plaisir mais fais attention à ce que tu vas dire : Carlos Tévez (Boca Juniors)

J’ai failli être touché par la maladie du « oh mais l’indécence de son salaire, c’est n’importe quoi ! Qu’est-ce qu’il va foutre en Chine ? ». Et puis j’ai essayé de ne pas faire comme tout le monde. Un peu par esprit de contradiction peut-être. Une fois de plus, on s’en remettra à SoFoot, dont l’article sur la question est plein de bon sens. Du coup, pas besoin d’en rajouter.

Le départ où là tu peux gueuler comme un veau : Óscar Romero (ex-Racing Club)

Le crève-cœur. Óscar Romero, milieu droit international paraguayen du Racing Club, doté d’un pied gauche comme peu dans ce championnat si ce n’est sur cette planète, doté d’un sacré coup de rein… mais qui se barre en Chine dans le même club que Tévez. L’affaire est bizarre. En fait il voulait aller à Boca mais son club a dit non, du coup il est prêté un an à Alavès en Espagne mais sait déjà qu’il partira en Chine en janvier 2018… A 24 ans. J’aime pas donner des leçons de morale mais là, ça sent la grosse connerie.

Le non-départ qui fait plaisir : Alario (River Plate)

C’est la meilleure recrue de l’ère Gallardo à River Plate : Lucas Alario. Grand buteur longiligne qui prend de la place dans une surface mais qui est habile avec ses pieds et qui participe au jeu. Avec River Plate en deux ans c’est 47 matchs pour 21 buts… Impressionnant au point d’être appelé tout récemment pour ses deux premières sélections avec l’Albicéleste de Messi.

Lors de la finale de la Copa Argentina remportée 4 à 3 face à Rosario, Alario y est allé de son triplé et d’une passe décisive. Rien que ça. Le PSG lui faisait les yeux doux mais l’agent du joueur a expliqué que le joueur privilégiait un départ en juin pour faire la préparation avec son nouveau club… En attendant, River Plate s’est empressé de le faire prolonger. Malin. Retenez bien son nom pour le mercato dans 6 mois ou pour vos carrières sur FIFA d’ici-là.

Le but : Licha López pour le geste, Tévez pour l’importance

Partialité revendiquée.

Le match : le Superclasico

Mais on aurait aussi pu mettre le derby d’Avellaneda ou Boca-Racing

River Plate 2-4 Boca Juniors

Racing Club 3-0 Independiente

Boca Juniors 4-2 Racing

La cerise sur le gâteau : la finale de la Copa Argentina entre River et Rosario

Avec en prime un commentateur complètement fou

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Catégories : Argentine, Edito

Auteur :Maxime Lictevout

Étudiant à Sciences Po Lille en 3A, j'ai 19 ans, toutes mes dents et une envie furieuse de devenir journaliste. J’écris ici: - https://maximelictevout.wordpress.com/ - https://blacksamerica.wordpress.com/ - http://misteur-mercato.com/

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