L’ange déchu

Arrivé comme le messie au PSG il y a deux ans, Ángel Di María a progressivement estompé la hype de la nouvelle recrue très chère à coup de prestations fantomatiques. Vaguement décisif la saison passée, où il a profité d’une équipe qui marchait globalement bien pour que ses quelques fulgurances soient plus mises en avant que ses errances, il n’est que l’ombre de lui même cette saison, incapable d’élever son niveau de jeu et de porter un PSG qui en aurait bien besoin. 

Mais qui, au juste, Ángel Di María croit-il encore duper ? Le ras-le-bol général remonte à la semaine dernière. Comme toute son équipe, el Fideo ne sort pas le match de sa carrière contre Ludogorets. Mais contrairement à Ibra, qui, même lorsqu’il marchait sur le terrain, arrivait à sauver un match de merde en claquant un doublé, le but égalisateur (ou plutôt salvateur) d’Ángel Di María en fin de match ne lui a pas épargné les boulets rouges de la critique. Surtout après sa célébration qui a plus rapporté la haine que l’amour. Complètement invisible, impuissant face à défense bulgare volontaire mais largement à sa portée, il n’a fait que confirmer un début de saison insipide. Recruté 63 millions d’euros à Manchester United en août 2015, l’Argentin n’est plus que l’ombre du joueur qu’il était au Real Madrid, et qui lui a valu d’être considéré comme l’un des meilleurs à son poste.

Un meneur de jeu ni meneur, ni joueur

Offensivement, Paris donne l’impression d’avancer contre le sens du vent cette saison. Entre un Lucas énergique mais un poil bourrin, un Pastore constamment à l’infirmerie, un Ben Arfa bien loin de sa hype niçoise et un Di María tellement absent qu’il en est presque handicapant, le club de la capitale peut s’estimer bien heureux qu’Edinson Cavani ait prit la relève de Zlatan Ibrahimović. Baladé sur les deux ailes (13 matchs ailier gauche, 6 matchs à droite cette saison), l’Argentin semble ne pas trouver sa place dans ce PSG. Là où il devrait mener l’attaque parisienne, et être indéboulonnable à son poste, il sert de bouche-trou dans l’attaque parisienne, utilisé là où il y a de la place, quand un joueur manque à l’appel, ou certainement selon ce qu’il a mangé à midi.

Sauf que l’instabilité, pour un joueur comme Di María, ce n’est pas forcément bon. Malgré tout son talent, Ángel est un joueur délicat à manipuler et, comme de nombreux génies décevants du football, ne peut performer que dans des conditions idéales. Sa meilleure saison, celle de la Decima avec le Real, Fideo l’avait jouée à un poste très différent de celui qu’est le sien aujourd’hui à Paris : un rôle de milieu à la fois relayeur et offensif, dans un 4-3-3 hybride où il jouait à la fois huit et ailier gauche. Un rôle maestro que sa qualité de passe et sa vision du jeu lui permettait de mieux enfiler que ce costume d’ailier, dans lequel il a certes eu des fulgurances mais, un peu comme son compatriote Javier Pastore, a l’air de lui aller un peu serré.

Avec les titularisations répétées de Blaise Matuidi sur l’aile gauche, on pourrait un PSG en 4-3-3 où les deux hommes interchangeraient leurs positions. Mais ça resterait très différent de Madrid où, devant lui, Di María avait un certain Cristiano Ronaldo. Le profil très offensif du Portugais, qui repique souvent au centre pour être plus proche du but, laissait à Di María cette liberté sur le flanc gauche qui était indispensable. Des caractéristiques qui ressemblent, en revanche, déjà un peu plus à celles de Hatem Ben Arfa : un joueur résolument offensif et attiré par le but comme un aimant. Si cette association sacrifierait (ou du moins repositionnerait) Blaise Matuidi, ce serait très intéressant à essayer.

Brisé par la Premier League ?

Evidemment, le Real d’Ancelotti n’a rien de comparable avec ce PSG. Mais ça ne change pas le fait que Di María n’est pas dans son assiette en ce moment. Loin de là. « Quand un joueur ne joue pas bien, c’est plus facile de l’enlever mais je préfère lui donner de la confiance. La patience, c’est important pour le football » a déclaré Unai Emery. Mais est-ce que c’est vraiment de confiance et de patience dont a besoin le numéro 11 du PSG ? Englué dans son fauteuil de sénateur, ADM est sûr de débuter les matchs. S’il est loin d’être indispensable, sa place n’est pas en danger. Et dans un club comme le PSG, ce genre de privilèges ne devrait aller qu’avec des performances de haut niveau. Di María, lui, traine la patte sur le terrain : l’an dernier en Champions League, la compétition dans laquelle il a été recruté pour briller, il était le joueur offensif qui gagnait le plus de duels au PSG avec Lucas (autour de 57%, source Squawka). Cette saison, le chiffre est descendu à 32%, et c’est le mauvais élève de la classe. Traduction : non seulement son aversion pour le duel commence à se voir, mais en plus il se fait manger dès qu’il ose se mettre épaule contre épaule avec son défenseur. Et il aurait grand besoin d’un bon coup de pied au cul. Beaucoup de supporters parisiens attendent le mercato d’hiver comme un gosse attend le matin de Noël, en espérant trouver sous leur sapin un ailier tout neuf.

Surtout que la chétivité de « la nouille » ne peut pas être la seule explication à ce manque d’engagement. Alors, que se passe-t-il avec Ángel Di María ? Peut-être qu’il ne se sent pas bien dans ce PSG. Peut-être aussi qu’il ne se sent pas bien dans son football. Son expérience en Premier League a certainement laissé des traces. On l’a vu avec d’autres grands joueurs, une seule saison cauchemardesque en Angleterre sous les ordres d’un coach avec lequel on ne s’entend pas peut suffire à balbutier son football. C’est triste. Car les premiers matchs d’Emery à la tête du PSG, et ça s’est un peu retrouvé au fil de la saison, avaient laissé entrevoir un PSG séduisant, agressif, intense dans le jeu. Que Di María n’y tienne pas un rôle de premier choix est non seulement décevant pour le PSG, mais encore plus pour le football.

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Catégories : France

Auteur :Alexandre Aflalo

Papa du petit Misteur Mercato. Saltimbanque semi-pro à Sciences Po Lille, je vis de Papus Camara et d'eau fraîche. Amoureux de Lucas parce qu'en verlan son nom ça fait "Amour"

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