Ballack, clap de fin pour un poissard de génie

Petit séisme dans le paysage footballistique Allemand. Ce mardi, Michael Ballack a annoncé qu’il mettait fin à sa carrière de footballeur, et ce avec effet immédiat. Un « nouveau chapitre » selon ses propres mots qui s’ouvre pour Ballack et 17 ans d’une grande carrière de footballeur qui se ferment. La fin d’un grand champion, d’un leader et d’un capitaine hors pair, mais également d’une carrière aux mille déceptions marquée du sceau de la poisse. A l’image de sa fin de carrière, puisqu’il tire sa révérence après sa résiliation de contrat avec Leverkusen, faute d’avoir trouvé mieux, à 36 ans.

« A 36 ans, je peux désormais regarder derrière moi et dire que j’ai eu une longue et merveilleuse carrière dans le football professionnel à laquelle je n’aurais pas osé rêver étant enfant. » Ces mots resteront dans les mémoires comme les derniers mots du grand footballeur qu’était Michael Ballack. Au terme de 17 années d’une carrière bien remplie, le natif de Görlitz raccroche ses crampons moins d’une semaine après avoir soufflé sa trente-sixième bougie. Un adieu au football qui ne se sera sûrement pas fait comme il l’aurait voulu. Au lieu de l’au revoir ému devant les 30 000 supporters d’une BayArena qui scanderait son nom, Ballack a eu le droit à une fin de carrière de pantouflard, et des adieux devant la presse sans même un club actuel à remercier pour la dernière fois. S’il laisse aujourd’hui à l’Allemagne et à toute l’Europe l’image d’un grand joueur de football, meneur d’homme hors pair et capitaine d’exception, « Il Capitano » restera aussi, bien contre son gré, un éternel poissard. Une malchance qui l’a poursuivi de ses premières heures de gloire au Bayer jusqu’à sa fin de carrière regrettable en passant par Chelsea et même en sélection, sous forme de blessure ou de rendez-vous manqués avec l’histoire. D’ailleurs, est-ce vraiment une coïncidence pour une mec qui a traîné le 13 comme numéro fétiche sur son dos toute sa carrière ?

Pech !

Pour les non Germanophone, pech signifie poisse en Allemand. En général, c’est un petit mot que nos amis les Germaniques lâchent comme un juron quand il leur arrive un truc pas top. Un mot que, durant ses dix-sept ans de carrière, Michael Ballack a du dire une bonne dizaine de milliers de fois. Si le chiffre est un peu exagéré, il n’en reste pas moins vrai que Ballack, malgré ses nombreux titres en club, aurait pu facilement obtenir le statut de légende du football avec ne serait-ce qu’une once de chance en plus. Et pourtant, son début de carrière ne pouvait présager que du bon. Formé au Chemnitzer FC, il rafle à seulement 21 pige sa première couronne de Deutschmeister avec le Bayer Leverkusen, club qui réalise alors l’exploit unique de gagner la 2.Bundesliga et la Bundesliga en deux ans. C’est auréolé de son premier titre national que Ballack connait ses premières déboires. L’année 1999, alors que son équipe est en course pour le titre, il marque lors de la dernière journée un own goal qui précipitera la défaite de son club et donc la perte du titre national. Le début d’une longue série. Si la carrière de Ballack avait été un film, il aurait sûrement été intitulé « Blessures et échecs » (pour le côté dramatique, t’as vu), avec cette scène en ouverture.

A côté de ça, il continue sa folle progression sur le plan personnel, qui lui permettre d’être appelé en sélection dès 1999, et même de disputer l’Euro 2000 avec la National Mannschaft. Petit à petit, se dessine la silhouette d’un milieu de terrain polyvalent, capable de prouesses défensives comme d’efficacité offensive. Mais la scoumoune n’est jamais bien loin. La saison 2001-2002 représentera d’ailleurs l’un des points d’orgue de sa carrière de poissard. La même année, il finit vice champion d’Allemagne et perd deux finales, celle de la coupe nationale et surtout celle de la Champion’s League face au grand Real de Madrid. Pire encore, Ballack échouera même à la dernière marche vers le sacre mondial, en 2002 contre la Seleçao d’Il Fenomeno Ronaldo. Pourtant brillant sur le terrain, et même élu joueur de l’année par le magazine Américain Soccer Digest, Ballack participe bien malgré lui à la construction de la réputation d’éternel second qui colle désormais à la peau d’un Bayer rebaptisé « Neverkusen », mais aussi à sa propre réputation de chat noir, qui l’abandonnera néanmoins le temps de trois années au Bayern de Munich où il signe en 2002. Car comme tout bon joueur Allemand qui se respecte signe au Bayern à cette époque, Ballack troque une tunique rouge contre une autre et ajoute un n au nom de son ancien club. De 2003 à 2006, c’est la consécration : trois doublés coupe-championnat en 2003, 2005 et 2006. Parallèlement à sa réussite personnelle (il est encore élu joueur de l’année par Kicker en 2003 et 2005) et en club, Ballack ne réussit en revanche toujours pas à l’échelle Européenne et internationale. Que ce soit avec son club en Ligue des Champions ou avec la sélection, confrontée une nouvelle fois à l’échec lors de la Coupe des Confédérations en 2005.

Blessures et échecs, deuxième.

Après la saison 2005-2006, arrive l’heure de la Coupe du Monde. Sa coupe du monde, organisée en Allemagne. Mais son départ du Bayern coïncidera avec une nouvelle désillusion internationale : une place sur la dernière marche du podium en 2006. C’est cependant le palmarès bien gonflé par quatre ans au Bayern que le joueur rejoint l’Angleterre et Chelsea, le tout gratuitement. A Londres, c’est la gloire qui lui tend les bras. Dans les rangs d’Abramovitch, c’est dans un club presque milliardaire et bourré d’ambition que Ballack évoluera. Un contrat en or massif fera même de lui le joueur Allemand le mieux payé de l’histoire à l’époque. A Chelsea, Ballack raflera presque tout. Trois coupes d’Angleterre, une coupe de la Ligue, un Community Shield et un titre national en 2010. Mais il ne faut justement pas occulter le presque. Car de sa carrière à Chelsea, on retiendra surtout une deuxième finale de Ligue des Champions perdue face au Manchester de l’autre Ronaldo et un titre de Champion chipé par … Le même Manchester. Mais plus que les finales perdues et les titres remportés, Ballack ne réussit pas à Chelsea. Pire : il échoue. Sous Mourinho, il ne sera que très peu utilisé. Toujours dans l’ombre de Lampard et Essien, il arrive même à enchaîner les blessures à Londres, plusieurs en 2009 notamment, mais surtout une grave blessure à la cheville qui le met KO huit mois quelques temps après son arrivée à Chelsea. Pech !

Inconstant, souvent aligné dans un rôle de milieu défensif qui ne lui convient pas, barré par des joueurs qu’il n’arrive pas à surpasser, c’est après quatre ans de prestations en demi-teinte que Ballack quitte Chelsea sans avoir montré toute l’étendue de son talent. Entre deux blessures, il connaîtra une nouvelle déconvenue internationale : une finale d’Euro perdue face à l’Espagne en 2008. Son contrat à Chelsea ne sera pas renouvelé à cause d’un salaire trop conséquent. Pour la fin de sa carrière (il a 34 ans quand il quitte Chelsea en 2010), il retrouve ses premiers amours : le Championnat Allemand et le Bayer Leverkusen. La suite, on la connaît. Comme lors de son départ au Bayern, il quitte Chelsea librement. Mais à Leverkusen, il se blesse. Oui, Ballack est un éternel blessé. Blessé sur le terrain, blessé dans le palmarès, blessé par une Mannschaft qu’il a aimé d’amour et qui ne lui a rendu que des finales perdues, blessé par un football qui avait tellement mieux à lui offrir. Mais Ballack quitte le football le coeur léger, avec un palmarès (tout de même) long comme le bras et un statut de légende Allemande du foot, capitaine emblématique de la Mannschaft et idole de la jeunesse dorée qui envahit actuellement les prés Allemands. Après la résiliation de son contrat, la MLS lui fait du pied. Non merci, dit-il, il préfère s’arrêter là. La suite ? Rudi Völler himself a déclaré qu’il avait « les capacités et l’intelligence pour devenir entraîneur. » Entraîneur, une voie que Ballack pourrait bientôt embrasser en passant son diplôme. Ainsi donc, le grand joueur malchanceux qu’il a été a décidé de se donner une nouvelle chance sur un banc où ses mentors se sont arrachés les tifs à chaque finale qu’il a perdu. Les héros ne meurent jamais, dit-on, et le football ne déroge pas à la règle. Alors bis dann, Herr Ballack.

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Catégories : Allemagne

Auteur :Alexandre Aflalo

Papa du petit Misteur Mercato. Saltimbanque semi-pro à Sciences Po Lille, je vis de Papus Camara et d'eau fraîche. Amoureux de Lucas parce qu'en verlan son nom ça fait "Amour"

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3 Commentaires le “Ballack, clap de fin pour un poissard de génie”

  1. Théodore
    3 octobre 2012 à 15:41 #

    un très bon article sur un joueur que j’ai toujours apprécié , un très bon joueur qui est toujours resté dans l’ombre à cause de sa Pech . un grand joueur a prit sa retraite sans faire d’étincelles

  2. Pablito
    4 octobre 2012 à 15:25 #

    Bon article, mais tu oublies de dire qu’en 2002 Ballack envoie l’Allemagne en finale de la Coupe du Monde mais il n’y participera pas à cause d’une suspension qu’il prend en demi-finale! Il ne jouera donc jamais une finale de Coupe du Monde..

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